A Moscou, l'athlétisme veut oublier une année noire
La pire des défaites
Deux mois plus tard, l’ancien double champion du monde d’Osaka est cloué au pilori. En juillet, un contrôle positif – à la testostérone dit-on – a anéanti ses illusions, arraché son masque et déclenché un séisme. Tyson Gay a perdu la course, de la pire manière, comme le Jamaïcain Asafa Powell, un autre supposé parangon de vertu, pincé le même jour que lui par les brigades de l’antidopage. A Moscou, on a dû effacer à la hâte son portrait des affiches. Ah! la belle année, celle qui devait le racheter de son immense frustration olympique.
Faits divers sordides
2013, annus horribilis pour l’athlétisme mondial? Déroulée, sa chronique se cristallise dans le fracas du scandale, de l’horreur et de la tristesse. Car avant que les dopés ne tombent comme des mouches, frappés par une traque sans pitié, d’autres épisodes ont quant à eux basculé dans la colonne des faits divers sordides. Oscar Pistorius, l’icône glamour du handisport, qui abat sa petite amie; un attentat meurtrier qui fauche des innocents sur la ligne d’arrivée du marathon de Boston.
Deux décès
Puis est venu le temps des nécrologies, celle d’Alain Mimoun, le meilleur rival d’Emil Zatopek; celle de Pietro Mennea, toujours détenteur du record d’Europe du 200 m en 19’’72.
C’est ici, sur la vénérable piste du stade Luzhniki, que le sprinter de Barletta était entré au panthéon olympique en 1980. La «Flèche du Sud» avait surgi en pleine guerre froide. Ambiance pesante. L’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques avait provoqué le boycott des Etats-Unis et de l’Allemagne. Le bras d’honneur du perchiste polonais Wladyslaw Kozakiewicz, narguant le public hostile, allait se transformer en acte de rébellion, bien plus glorieux encore que sa simple breloque en or.
Beaucoup d’eau a coulé depuis sous les ponts de la Moskova. Le Mur est tombé, la massive architecture du stade Luzhniki s’est décrépie, la Russie vient d’accorder l’asile provisoire à l’ex-agent américain Edward Snowden.
C’est dans cette étrange atmosphère que le grand cirque athlétique a installé son chapiteau. Il a neuf jours de représentation pour sauver la face, enterrer provisoirement ses cadavres au fond du jardin, faire oublier les nombreuses vedettes qui ont disparu de son affiche, révéler au grand jour les figures de ses prochains spectacles. Peut-être plus encore que d’habitude, pressé par un désir de rédemption, il place tous ses espoirs en Usain Bolt, le sauveur de la piste, que personne n’ose imaginer autrement que dans le costume de Monsieur Loyal.
Un règne sans partage
Depuis son envol, en 2008, du Nid d’Oiseau de Pékin, la star jamaïcaine a acquis une dimension autant mythique que monopolistique. A la fois ambassadeur et chargé d’affaires, Bolt règne sans partage sur l’athlétisme mondial. Si le sprinter n’a pas d’égal, le champion n’a pas de prix, sinon celui de ses cachets et de ses contrats mirifiques. A son corps défendant, il est devenu l’Athlétisme! Pour preuve, Samsung vient d’abandonner la Ligue de diamant pour ne sponsoriser que la «Foudre».
Pour autant, même si Bolt possède une formidable force d’attraction, il serait faux d’affirmer qu’il est seul au monde. Dès demain, plus de 1500 athlètes voudront prouver qu’ils existent aussi. Les meilleurs se partageront 7 millions de dollars de primes, les autres auront à cœur de magnifier un sport qui, au-delà de ses turpitudes, cultive une esthétique incomparable. (24 heures)
Créé: 09.08.2013, 07h07
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